Mici (pièce pour ados)Scène 11 : Florian pas si grand que cela
Florian : Il l’a laissé agoniser et tu le laisse respirer à sa guise, tu vas le laisser sortir, tu vas le laisser libre ?
Carole : Je vais attendre qu’il se remette et je la laisserai partir. Je crois qu’il s’est assez fait souffrir comme cela.
Florian : Qu’est ce qu’il t’arrive, tu ne veux plus assouvir tes rêves de vengeance ?
Carole : Tu oublies qu’il me reste un cas à traiter. Le tiens. (petit à petit on entend les battements de cœur).
Florian : Tu as lu ses lettres, elle ne m’en voulait pas, elle avait compris.
Carole : C’est toi qui est à l’origine de tout cela.
Florian : Je n’ai jamais voulu qu’elle tombe enceinte.
Carole : Comme tu n’as jamais voulu qu’elle souffre.
Florian : Je ne pensais pas qu’elle allait le garder. Si je suis parti c’est que j’étais sûr que cela la ferait réfléchir, qu’elle reviendrait sur sa décision. Je ne pensais pas…
Carole : shut…c’est bien ce que l’on te reproche tu n’as pas pensé. Tu n’as pas pensé à ce que pouvais ressentir une jeune fille qui entend ce bruit en elle, qui sent monter le grondement des battements de cœur de son enfant en elle, qui le sent vivre à l’intérieur.
Florian : Elle savait qu’il me fallait du temps, elle l’a écrit.
Carole : Du temps, je te soustrais ce temps maintenant. Ferme les yeux Florian.
Florian : Pourquoi ?
Carole : Ferme les yeux !(Florian ferme les yeux, les battements de cœur se font entendre de plus en plus fort). Tu sens Florian ? Tu les sens monter les battement de cœur ?
Florian : Laisse moi partir. Je ne le voulais pas. Je n’étais pas prêt.
Carole : Tu ne le voulais pas mais c’est pourtant toi qui a donné de la vie à l’intérieur de son corps. Peu importe que tu sois prêt ou pas.
Florian : Je ne voulais pas en être responsable ! Je ne voulais pas qu’on m’y oblige.
Carole : Tu ne voulais pas que l’on t’y oblige ? Elle t’a laissé libre, elle t’a laissé partir, quelle autre preuve d’amour peut-on donner ? C’était à toi et à toi seul de prendre conscience de cela. C’est aussi pour toi et en souvenir de toi qu’elle le voulait .
Florian : Jamais je ne lui ai demandé une chose pareil.
Carole : Jamais tu ne lui as demandé de t’aimer autant, c’est ça ? Est-ce à ton avis un sentiment que l’on contrôle ? Tu as passé si longtemps à fuir et à revenir, que ses sentiments n’ont fait qu’augmenter, tu t’es rendu maître de ses émotions, peux-tu lui en vouloir d’avoir voulu garder et aimer un être qui venait de toi. Sais-tu ce qu’elle a ressenti lorsque qu’elle a senti ce petit cœur battre, cette vie dont tu étais à l’origine ? Maintenant écoute, tu entends, tu entends Florian, c’est lui, c’est ce petit être qui vient de toi. Qu’est ce que cela te fait Florian d’entendre les battements de cœur de ton enfant ? A la place tu aurais pu entendre le mot papa. Mais tu as choisi de n’entendre que les bruit d’un cœur qui n’a pas pu te découvrir, Florian, ni découvrir sa mère. Qu’est ce que tu ressens, là maintenant ?
Florian : (pleurant), Je t’en prie arrête, tu en as fait assez comme cela, un enfant ne peut pas être responsable d’un autre enfant, je n’aurais jamais pu m’en occuper. Tu crois que parce que l’on ne répond pas à tes questions, on est insensible, qu’on s’en moque et que l’on peut tourner le dos sans remord sans scrupule, tu te trompes Carole, elle comptait pour moi, mais elle était prête à vivre ce pour quoi aucun d’entre nous n’était prêt. Au lieu de grandir, de continuer à apprendre, de se laisser vivre un peu, elle voulait construire sur un édifice encore fragile. Elle voulait un homme, un père parce qu’elle n’en avait jamais eu, mais nous n’étions ni l’un ni l’autre et moi moins que les autres, des adultes. Oui, je l’aimais mais comme on aime à 16 ans dans la découverte, dans la liberté, dans la naïveté, l’immaturité, la légèreté, elle ne voulait pas nous laissé grandir. Elle, qui passait sa vie à réfléchir, à essayer de comprendre les autres pourquoi cela elle ne l’a pas compris, elle ne l’a pas voulu. Sans vouloir nous enchaîner, elle faisait peser un poids de responsabilité sur nos épaules dont nous ne voulions pas. Elle parlait souvent de réparer les fautes des générations précédentes, mais pas comme cela, pas en voulant si vite assumer une vie de femme…Elle m’a imposé d’être père comme on colle une étiquette sur le dos, moi qui ne suis qu’un enfant, moi qui me réfugie dans les bras de ma mère dès que l’envie m’en prend, dès que je me sens encore fragile, lorsque les larmes me viennent, et depuis son départ mes larmes me viennent plus souvent que tu ne le penses, comme un déchirement là à l’intérieur, je m’y réfugie des journées et des nuits entières, pleurant de n’être encore qu’un enfant, pleurant, me sentant coupable de mon impuissance, de mon immaturité, pleurant comme mon enfant que je n’entendrais jamais. (Carole se dirige vers le tableau écrit le c de coupable ? les rideaux s’ouvrent), tu nous veux coupable, mais toi, toi Carole, à qui la charge de nous faire regretter revient, toi qui étais son ami tu es tout aussi coupable que nous.
Carole : Allez vous en, sortez. J’ai dit SORTEZ !
(Ils sortent tous).
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