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Mici (pièce pour ados)Scène 10:Lionel, le réveil

Publié le par Cindie-Bélinda Lemétayer

 

Carole : Tu as du mal à respirer, il est peut être temps que tu acceptes de prendre ton médicament, qu’en penses-tu Florian. (Florian ne répond pas). J’ai dit qu’en penses-tu Florian.

 

Florian : C’est la condition pour que tu sortes d’ici. Il faut que tu le prennes,  vite.

 

Lionel : Très bien, je vais le prendre. (à Florian) J’espère que tu sais ce que tu dis pour une fois.

 

Florian : On te dit de le prendre et de suivre les instructions qu’elle te donne si tu veux t’en sortir, c’est pas compliqué.

 

Lionel : Comme ce que tu disais à Mici, ça non plus ce n’était pas compliqué.

 

Carole : Allons, allons messieurs pas de rivalité entre vous, pas encore, pas maintenant, c’est trop tôt. (Florian prend le médicament). Voilà c’est bien, maintenant nous pouvons étudier ton cas.

 

Florian : Mais ce n’est pas cela qui arrêtera son asthme, il a besoin de son respirateur, avant que tu ne commence ta séance.

 

Carole : Je t’ai dit de te taire, tu auras tout le loisir de dire ce que tu penses plus tard. Alors Lionel, tu as vraiment besoin de ce respirateur, tu es vraiment en train d’étouffer ? Comme je te plains, tu voudrais peut-être que je t’aide… Mais pour cela il faut le demander. Allez, Lionel, demande moi de t’aider ? Vas-y, tu ne risques rien en le faisant, tu sais.

 

Lionel : Oui, oui je voudrais que tu m’aides.

 

Carole : Et comment le voudrais-tu Lionel, que pourrais-je bien faire pour que tu te sentes mieux ?

 

Lionel : Le respirateur, il faudrait que tu me donnes le respirateur.

 

Carole : (elle sort le respirateur) C’est de cela dont tu as besoin ? C’est cela que tu voudrais ?

 

Lionel : Oui. Donne-le moi s’il te plait.

 

Carole : Maintenant, comme toute chose à un ordre, je dois me poser la question de savoir, si moi, je veux te venir en aide, si cela ne va pas à l’encontre de ce que j’ai prévu d’accomplir aujourd’hui, si dans mon emploi du temps, il y a une place pour te venir en aide. Tu comprends ?

 

Florian : Tu ne crois pas que c’est un mauvais moment pour se poser ce genre de question ? Si tu ne l’aide pas il va y rester.

 

Lionel : Laisse, laisse faire, je sais où elle veut en venir, je suis arrivé chez elle dès que j’ai reçu le message ; elle s’en était prise à moi le matin en disant que jamais je ne pourrais assumer, que je ne l’aimais pas assez, sinon je lui proposerais de partir tous les deux, loin de tous. J’ai essayé de la raisonner mais elle m’a mis à la porte. J’avais besoin de faire le vide, de me poser quelques secondes, j’ai éteint mon téléphone et je ne l’ai rallumé qu’en fin d’après midi ; lorsque j’ai lu le message, je me suis dit qu’elle ne s’était pas calmée, qu’il fallait encore du temps, mais je l’ai rappelé, elle était sur répondeur, j’ai réessayé plusieurs fois…

Carole : Quelle attention ! Et tu ne t’es pas dit qu’il y avait urgence, qu’elle avait de toute urgence besoin de toi ?

 

Lionel : J’y suis allé, après plusieurs  coups téléphone j’y suis allé.

 

Carole : Comme cela était généreux de ta part.

 

Lionel : Je ne pouvais pas me douter,  elle était toujours si pleine de vie, d’énergie, personne ne s’en serait douté.

 

Carole : Il y a toujours des signes, toujours des clignotants, elle lançait des messages que tu ne voulais pas écouter.

 

Lionel : Quels signes, quels messages ? Elle faisait la même chose que ce que l’on fait tous lorsque que l’on se sent mal.

 

Carole : Et que faisait-elle comme tout le monde Lionel ?

 

Lionel : Elle…

 

Carole : Elle, quoi, Lionel ?

 

Lionel : Elle écrivait.

 

Carole : Elle écrivait, à qui, à elle même ?

 

Lionel : Non…Elle ne s’écrivait pas à elle-même, elle détestait les journaux intimes. Elle disait que l’on était sur terre pour donner aux autres, et que les journaux intimes ne servaient qu’à se donner l’impression à soi-même d’exister,  lorsque l’on n’est qu’une ombre.

 

Carole :  A qui écrivait-elle Lionel ?

 

Lionel : A tous. Elle voulait que ses lettres soient comme une leçon pour les autres, une façon de dire…

 

Carole : De dire quoi Lionel ?

 

Lionel : Je n’en peux plus, je t’en prie j’ai répondu à assez de questions, je t’en prie le respirateur, j’étouffe, aide moi.

 

Carole : C’est ce que l’on pouvais lire dans ses lettres, Lionel ? Aide-moi ?

 

Lionel : Je ne sais pas,  je ne sais plus ce qu’il y avait dans ses lettres, je t’en prie, j’ai mal.

 

Carole : Pas avant que tu répondes à cette question, quel était le contenu de ses lettres ?

 

Lionel : Je ne sais plus je n’ai  jamais cherché à les interpréter, puis c’est à son enfant surtout qu’elle parlait, je n’étais pas directement concerné.

 

Carole : Tu n’était pas directement concerné ? Et de quoi lui parlait-elle ?

Lionel : Je ne sais plus, de ses expériences je crois.

 

Carole : Et qu’avant même sa naissance, elle lui écrive cela ne t’as pas inquiété.

 

Lionel : Je ne vois pas pourquoi, j’aurais du être inquiet, toute mère donne des conseils à son enfant afin qu’il ne commette pas les mêmes erreurs.

 

Carole : Ces conseils sont donnés de son vivant, de vive voix en général ou quand on sait que l’on va bientôt mourir, pas quand on a 16 ans.

 

Lionel : Il n’y avait rien dans ses lettres qui laissait prévoir que…

 

Carole :  Les as-tu ?

 

Lionel : Quoi ?

 

Caroles : Ces lettres, les as-tu avec toi que nous puissions nous en rendre compte, que nous puissions nous dire que pour une fois une personne décidant de mettre fin à ses jours n’a pas cherché à lancer un quelconque appel au secours.

 

Lionel : Non, je les ai pas, je ne les ai plus.

 

Carole : Que sont-elles devenues ?

 

Lionel : Je les ai lu et relu plusieurs fois, je sais qu’il n’y avait rien.

 

Carole : Qu’en as-tu fais ?

 

Lionel : Je ne les ai plus, elles étaient toutes rangées dans un coin de mon bureau, en rentrant chez moi un soir, j’ai voulu les prendre pour les rendre à ses parents, elles n’étaient plus là.

 

Carole : Tu n’as même pas cherché à les retrouver. Tu ne t’en es même pas inquiété, Florian lui au moins me les a demandées.

 

Lionel : Après sa mort oui, il a le beau rôle, il a toujours eu le beau rôle, sans s’occuper de rien, arrivé toujours après la bataille, toujours quand on n’a plus besoin de lui ? Toujours à l’écart, toujours à distance, mais toujours si présent. Elle le laissait tranquille lui, elle ne lui en voulait même pas, dès ses premières lettres elle le disait déjà.

 

Voix de Mici : Nous sommes le 7 mars 2006,

Jour dont tu devras te souvenir, jour ou j’ai su que tu allais arriver.

Tu es dans mon ventre depuis deux mois maintenant, je le sentais tout au fond de moi, mais je n’osais l’espérer. En l’apprenant, Florian, ton père, a décidé de prendre encore davantage de distance, il faut que tu saches que nous nous sommes séparés il y a un mois, selon lui je lui réclamais des choses qu’il ne pouvait me donner, il n’était pas sur qu’à 16 ans on puisse être amoureux et construire une vie de famille comme les adultes. Il ne faut pas lui en vouloir, tu sais, toi aussi quand tu auras son âge, tu ressentiras la même chose. Tu voudras profiter de ton adolescence, et ne pas te charger de responsabilités, tu auras peur.

C’est Lionel qui s’occupera de toi, il dit m’aimer suffisamment pour ne pas me laisser. Tu peux avoir confiance en lui, il saura te guider. C’est un être doux et patient, il ne s’énerve jamais et prend toujours sur lui, son calme m’apaise. Florian, ton père est quant à lui toujours survolté, il a un feu, une passion en lui qui quelque fois me fait peur et m’attire en même temps. Le feu et l’eau, c’est de ces êtres que tu seras entouré, car ton père reviendra un jour, je le sais, il est moins loin que ce que ses actes peuvent suggérer. Pour l’heure, coule des jours paisibles auprès de Lionel. Fais comme moi, accepte d’être aimé dans la lenteur, la fougue et la passion ne sont que de très courte durée même si des mois et des années plus tard elles nous font toujours vibrer.

 

Carole : Elle avait confiance en toi, elle pensait que tu pouvais la sauver d’elle-même.

 

Lionel : Elle me voyait surtout comme un apaisement, une valeur sûre, elle ne m’aimait pas.

 

Carole : C’est pour cela que tu n’as rien fais quand tu l'as vu accrochée, c’est pour cela que tu l’as laissée ?

 

Lionel : Je n’en pouvais plus, il n’y a rien de pire que d’aimer une personne qui pense à un autre, de n’être que le second, que l’après.

 

Carole : C’est cela qui te préoccupait, une simple question de place, de positionnement par rapport à un autre. C’est à toi qu’elle voulait confier cet enfant, c’est entre tes mains qu’elle le remettait.

 

Lionel : Elle croyait que jamais je n’aurais  pu combler le manque de tout ce que tu lui apportais.

(Carole attrape une autre lettre)

 

Carole : Et là ?

 

Voix de Mici : Le 12 mars 2006,

Je me sens confuse et heureuse en même temps, Lionel et moi avons été marchés un long moment au bord de mer cet après-midi. Il est rare de se trouver en compagnie de gens dont la discussion est un véritable plaisir apaisant, face à sa réflexion et ses connaissances, je me sentais ridicule, mais moi que d’habitude on écoute parler, je me suis prise à vouloir me taire, à me délecter de ses paroles si sages, si justes. De temps à autre je me prenais à imaginer une suite, un prolongement de la vie à ses côtés, un rythme de vie tranquille basé sur une infinie tendresse et de longs échanges, j’avais pour une fois l’impression d’être là et d’avoir une relation normale comme je me l’imaginais, il comble ce manque. Si de semblables instants se reproduisent, enfin je pourrais respirer, enfin quelqu’un qui me ressemble s’installerait à mes côtés pour te recevoir en toute quiétude et que tu partages cela avec nous. Oui, c’est ce partage que je tiens à te faire connaître.

 

Lionel : Je ne savais pas... elle ne me parlait de cela, de ce qu’elle avait ressenti, elle me disait qu’elle appréciait ma compagnie, mais jamais je ne me suis douté que cela correspondait à son idéal et que j’y étais pour quelque chose. Je ne l’ai su qu’après. C’est vrai qu’elle était douce, mais si nerveuse quelque fois, et si violente dans ses propos.

 

Carole : Elle voulait sentir une réciprocité, c’est tout.

 

Lionel : Je n’ai jamais su comment faire. Oui, je l’aimais, oui j’étais jaloux de son passé, j’étais jaloux de toi.

Carole : Et tu n’avais aucune raison, il fallait simplement laisser agir le temps.

 

Lionel : Elle non plus n’a pas voulu me l’accorder.

 

Carole : Maintenant je te le donne. (elle lui donne le respirateur, écrit l’initiale au tableau et d’autres lettres continuent de tomber).

 

 

 

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