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I.Une vie en chantiers : Des rencontres et des écrits (extraits partie 1)

Publié le par Aménothes

Voilà quelques extraits, tentatives de réponse, et peut-être une orientation différente donnée à votre jugement que celle de la déception….

Un texte, c’est une pensée déployée en un temps « T », un point de vue sur la vie, sur le monde, un cliché qui fige une histoire. Certains sont heureux lorsqu’ils finissent d’écrire ou de lire un livre.

Pour ma part je me délecte dans l’attente plus ou moins prolongée du moment où je lirai la dernière ligne d’un ouvrage. Je prends plaisir à revenir sans cesse sur certains compagnons de voyage qui ornent ma bibliothèque et que j’apprends à connaître en les prenant sous un angle nouveau à chaque fois.

Il en va de même pour ce que j’écris. Je ne suis jamais allée jusqu’au bout d’un texte, tout comme mes histoires n’ont pas encore de fin. D’ailleurs, peut-on jamais aller au bout d’une histoire ou d’une idée ? Pour moi, dire qu’un texte est terminé, c’est un peu comme décider de faire mourir une partie de soi au lieu de lui donner la possibilité de s’épanouir.

Les adeptes des accomplissements de tâches, les pseudos « jusqu’au-bout-istes » qui m’entourent, me disent souvent : « ça c’est fait », « c’est bouclé » en poussant un funeste soupir de soulagement. Une façon radicale de tourner la page, d’inscrire des mots pour se vider l’esprit d’un moment (émotionnel ou réflexif) précis et passer à autre chose. Mais est-ce vraiment terminé pour autant ?

Ce n’est que l’intervalle temporel de vie qui est terminé in facto. Les pensées, les interprétations, le sens évoluent. Pour ma part, je ne peux me résigner à dire « c’est terminé » ; je passe et repasse de microcosmes en microcosmes, et à l’intérieur de ceux-ci de chantiers en chantiers avec cette illusoire sensation d’en avoir fait le tour. C’est en cela que ma vie semble, aux yeux des autres, un amoncèlement de chemins inachevés, une accumulation de « débuts sans fin ». On me fait encore le reproche de ne pas « aller jusqu’au bout des choses».

Il faut comprendre que, pour moi, cela est un non-sens parce qu’on ne peut jamais aller jusqu’au bout. Ceux qui pensent cela, du moins je le crois (aujourd’hui), restreignent l’homme particulier à une place qu’il doit avoir au sein de la société. Pressés qu’ils sont de le définir. Or c’est en ayant une vision globale de son existence qu’on s’approche de sa vérité.

J’ai ouvert des chemins dans différents domaines. Ces derniers se croisent quelques fois et participent à la construction globale de ma pensée en tant qu’« être-humain particulier». Il m’arrive d’avoir à retravailler sur certaines connaissances (pratiques ou théoriques) abordées par le passé pour en nourrir d’autres. […] L’expérience me montre que tous les domaines de mon existence sont appelés à se recroiser et s’unir pour construire le sens de mon être-humain particulier. Me limiter à une chose, une pratique, un métier, un comportement, en d’autres termes : « me définir » serait passer à côté de lui, le manquer. Cet exemple n’est pas un égocentrisme : il en va de même pour tout être humain. […]

Ce sens ne peut donc être donné qu’à la mort d’une histoire particulière, d’un être humain particulier mais il demeurera toujours incomplet. […]

J’ai souvent dit que l’on ne pouvait m’aimer[1] car changeante, ambivalente, inconstante (outre les défauts physiques que la société ne se prive pas de vous faire concevoir)… J’ai toujours été consciente que cette caractéristique est une infime partie émergeante de l’essence même de l’être humain en général mais définit ce qui justement fait que nous ne puissions définir un « être humain » en particulier, du moins tant que dure son histoire….

[1] Il va sans dire que dans cette conception de mouvement, le terme aimer , n’a de sens que dans une temporalité limitée et aucun sens dans l’absolue histoire d’un être humain, mais cela est encore une autre histoire...

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